CANCER

En France, on diagnostique environ 1 200 nouveaux cas de cancer par jour, ce qui représente près de 433 000 nouveaux cas par an selon les chiffres de l'Institut national du cancer. Les chiffres font souvent peur tout comme le mot « cancer » car il reste associé à la mort, à la souffrance et à l'inconnu. 

C’est à l’âge de 30 ans que l’on m’a diagnostiqué un cancer. Je n’ai pas été surprise car je le ressentais au plus profond de moi. J’en avais d’ailleurs parlé à mon médecin qui m’avait rassuré à l’époque en me disant qu’il y avait peu de chance qu’il s’agisse de cela car j’étais jeune. J’ai dû attendre que ma grossesse se termine pour réaliser une ponction qui confirmera le diagnostic. Puis, tout s’enchainera très vite, spécialistes, hospitalisation, opération, radiothérapie, arrêt. 

Notre vie semble être en suspens alors qu’elle œuvre à notre insu pour notre plus grand bien, elle nous invite à prendre soin de nous. 

En langage des oiseaux, « camp » « serre », désigne un lieu d’enfermement qui « sert » à quelque chose, l’idée que la maladie enferme l’individu dans un « camp » (une situation bloquée, un conflit non résolu) pour lui envoyer un signal et ainsi servir à sa prise de conscience. Le corps qui se « serre », faisant allusion à une tension extrême, une culpabilité, une émotion ou une mémoire cristallisée que le corps n’arrive plus à exprimer autrement qu’en déclenchant une modification cellulaire. 

D’un point de vue médical et scientifique, le mot « cancer » vient tout simplement du grec Karkinos (via le latin cancer), qui signifie crabe, utilisé par Hippocrate pour désigner la forme des tumeurs rappelant alors celle de cet animal. 

Chez les Grecs anciens, il est dit que le crabe géant Carcinos, bien que vaincu, fut récompensé pour sa loyauté et placé dans les cieux comme la constellation du Cancer. Cette histoire met en avant que même les plus petits actes d’amour et de courage peuvent avoir de grandes répercussions, et je crois qu’il en est de même dans cette traversée. 

Si l’on s’en réfère à l’animal totem du crabe, il symbolise la protection, la résilience et la capacité à faire des choix pour avancer face aux obstacles. Sa carapace dure représente l’armure émotionnelle et la défense contre les agressions extérieures. Il mue régulièrement, ce qui invite à se libérer du passé. Il est lié à l’intuition et à l’élément eau, en connexion au monde des émotions et au subconscient. Il nous invite à nous adapter face aux marées changeantes et à explorer de nouveaux cycles. Il nous enseigne la juste posture pour garder l’équilibre entre vulnérabilité et force, chose qui n’est pas toujours aisée à maintenir dans ce contexte. 

A sa façon de se déplacer, le crabe nous rappelle que parfois, un pas de côté, peut nous faire voir la vie autrement, nous faire prendre un autre chemin, nécessaire à notre évolution et à notre bien-être. 

Et, si le cancer n’était pas à appréhender comme un ennemi, mais au contraire, comme un puissant allié, une initiation.

Et s’il nous permettait de retirer notre carapace pour enfin oser nous mettre à nu, montrer notre vulnérabilité, nos émotions, apprendre à s’appuyer sur autrui, lâcher-prise, comprendre le sens profond de notre existence, de notre vie. 

Et si l’esprit de la maladie nous invitait à écouter son message, afin de comprendre le sens de sa visite, explorer notre monde intérieur, arpenter les profondeurs de notre être, nous reconnecter à notre corps, à notre essence, à nos besoins, à nous transformer, pour notre plus grand bien. 

Et si la maladie contribuait à nous faire voir la beauté de la vie, à nous réjouir d’un rien, à y voir l’essentiel, à nous émerveiller et à danser avec elle.

Le cancer, comme toutes les pathologies, n’est à mon sens, ni une punition, ni une tragédie, ni une fatalité, mais une invitation à revisiter la vie et le sens initial qu’on lui avait attribuée, pour aller recontacter notre vérité et notre paix intérieure. 

Le cancer nous contraint à nous arrêter, à prendre ce temps d’introspection, il nous incite à nous poser les bonnes questions, afin d’apporter les changements nécessaires à notre vie pour être enfin en adéquation avec soi-même, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur. 

Vous êtes-vous déjà demandé si votre travail vous plaît réellement, s’il vous met en joie chaque matin, ou si au contraire, il est un fardeau ou la source d’un énorme stress ? 

Avez-vous déjà réfléchi au temps que vous consacrez à travailler ou à vous adonner à des futilités (TV, jeux vidéo,..), au détriment de vos proches ou de choses essentielles ? 

Etes- vous heureux dans votre couple, dans vos liens, dans votre vie, êtes-vous joyeux et épanoui ? Et comment le manifestez-vous ? 

Ecoutez-vous vos propres besoins dans votre quotidien ?

Prenez-vous encore le temps de savourer un lever de soleil, d’écouter le chant des oiseaux, d’observer la nature, le ciel, de chanter, de rire, de vous émerveiller ? 

Et, si vous deviez partir demain… 

Seriez-vous pleinement satisfait de votre vie ? L’avez-vous pleinement vécue et honorée ? Qu’est-ce que vous changeriez ? Avez-vous pu réaliser vos rêves, vos projets ? Dire à vos proches que vous les aimiez ? Les avez-vous serrés dans vos bras ? Avez-vous pu parler à cœur ouvert ? Exprimez vos regrets, vos peurs, ou des non-dits ? Avez-vous pu demander pardon ? Avez-vous le sentiment d’avoir pu toucher l’essentiel et avoir eu une vie remplie d’amour et de joie ? 

Car il faut bien le reconnaître, notre nature humaine est constamment insatisfaite. Nous passons notre temps à anticiper, à nous plaindre, à critiquer, à juger, à contrôler, en tenant la vie pour responsable de tous nos tracas. 

Combien de personnes sont comme des « morts-vivants », aigris, sans vie, sans joie ? Qui ne sont d’ailleurs pas réellement dans la vie, la traversant machinalement, sans odeur, sans saveur, oubliant jusqu’à l’existence de leur âme. Nous sommes alors dans un déni d’incarnation, ayant du mal parfois à trouver notre place ou un sens véritable à notre vie car nous sommes vide à l’intérieur. Nous subissons alors la vie plus que nous la vivons, en essayant parfois de se convaincre que nous n’avons pas choisi de venir sur Terre et encore moins nos épreuves. 

C’est alors la vie elle-même qui devient le coupable idéal, considérant qu’elle est injuste, qu’elle s’acharne, qu’elle apporte plus de mal que de bien, provocant intérieurement un sentiment de colère, d’impuissance, de frustration, une peur de vivre même ! Chacun d’entre nous rencontrera inévitablement la souffrance, il n’y a pas une vie sur Terre qui en soit épargnée, à nous de comprendre son enseignement.

Nous avons le choix, soit de continuer à rester dans notre souffrance et nos ressentiments, soit de prendre notre entière responsabilité à être pleinement dans la vie, à la vivre dans ce qu’elle a de plus précieux, dans toute son intensité et sa fugacité.

Il est vrai qu’entendre un tel diagnostic peut provoquer chez certain un véritable choc émotionnel car cela renvoie à la fragilité de la vie et parfois à l'histoire familiale et aux pertes, venant ainsi renforcer l'angoisse de la maladie, la peur de la mort. 

Pour l’entourage, bien souvent par peur, cette annonce peut aussi être source de distance, de fuite ou de séparation. Une étude publiée dans la revue médicale Cancer montre qu’environ 20% des femmes sont quittées par leur partenaire durant leur maladie, ce qui a été mon cas. Inévitablement, cela va soit renforcer des liens soit les dissoudre. Et, de toute évidence, les liens qui disparaissent étaient quoiqu’ils en soient voués à l’être pour laisser place à un renouveau. 

Bien qu’après la radiothérapie mon corps ait littéralement fondu, devenant décharné, et, que par la suite, une phlébite fémorale ait failli m’emporter, la mort ne m’a jamais terrifiée, car j’ai pris ce temps nécessaire pour comprendre ce qu’il m’arrivait sans jamais le vivre comme une injustice. Pour la première fois de ma vie j’ai dû être en arrêt maladie, ne plus pouvoir exercer mon métier, ni m’occuper du quotidien, et accepter la perte de contrôle total sur ce que je traversais. Moi qui pensais pouvoir toujours tout maîtriser, solutionner, je me retrouvais face à bien plus grand que moi : la VIE elle-même. J’apprenais à la rencontrer d’une autre façon, sans doute véritablement, à lui faire confiance et à m’abandonner à elle. 

Accueillir ce qui nous traverse, sans résistance, sans lutter, me semble être le premier pas vers l’acceptation et la vie elle-même. 

Je n’ai jamais donné un quelconque pouvoir à la maladie et il me semble que cela est très important.  

Je me suis même surprise, dans ma chambre d’hôpital, alors que j’avais très mal, que mon corps était immobile, que je ne pouvais boire mon verre d’eau qu’à l’aide d’une paille, à envoyer des photos de moi à mes proches en leur faisant croire que je sirotais un mojito, pour essayer de les faire rire, tant leur inquiétude était palpable. Même s’il y a pu avoir des moments difficiles, par exemple lorsque j’ai dû être séparée de mes enfants car isolée en médecine nucléaire, j’ai vécu cette traversée en étant optimiste et dans la joie, à l’écoute de mon corps et dans l’ouverture du cœur. 

Le caractère éphémère de notre existence prenait tout son sens et m’animait de cette force de vie qui se décuplait. 

La maladie est un passage qui nous permet de renaître à nous-même. 

Car soyons honnêtes, parfois nous pouvons être dans une vie tellement rangée, confortable, ou dans un tel aveuglément, déni, que notre âme ne peut plus évoluer. Voilà pourquoi elle programme avant même son incarnation, une maladie, une épreuve, qui enclenchera à un instant T de son parcours un électrochoc, une réelle prise de conscience pour elle et pour l’entourage. Cela lui demandera sans doute des actes nécessaires pour dévier sa trajectoire et ainsi transformer sa vie. D’ailleurs, ces transformations participeront à développer ou à renforcer certaines qualités telles que le courage, la générosité, la confiance en soi, l’humilité, l’altruisme, l’amour. 

Le cancer est un grand enseignement, il est un cadeau de la vie. 

J’ai compris très vite que je n’avais pas déclenché cela par hasard. 

Mon corps avait juste trouvé le moyen d’exprimer et de me montrer ce que je n’arrivais pas extérioriser afin de me reconnecter aux besoins de mon âme. 

Plus nous incorporons cette dimension spirituelle à travers l’épreuve, si fondamentale pour l’âme, plus nous percevons la valeur de la vie, et sommes en mesure de la vivre avec légèreté et confiance. 

Le type, la forme, le stade d’un cancer, sa localisation au niveau du corps, son étendue, et son éventuelle récidive, sont des indicateurs pour nous apprendre à décoder notre maladie, écouter ce qu’elle a à nous dire, en lien de toute évidence avec notre façon de vivre et des blocages profonds que nous avons sans doute enfouis (choc émotionnel, conflit, non-dits, déni, mal-être, mémoires familiales,). 

Comprendre le message de la maladie, aller au cœur de ses racines, participent au chemin de guérison.

D’ailleurs, la maladie touche de plus en plus les jeunes générations, car elles ne permettent plus à la vie de circuler en elles. Leur corps, leur esprit et leur âme ne sont plus alimentés, nourris, et sont dissociés de l’énergie vitale et de la Source d’Amour. Beaucoup de jeunes passent tout leur temps devant les écrans, en sont addicts, leur mental est en suractivité permanente. Ils mangent des produits transformés et mauvais pour la santé, n’ont plus d’interactions sociales, plus de relations intimes, sont cloitrés dans leur chambre, ne communiquent même plus avec les membres de leur famille. Ils n’ont plus de lien avec la nature, avec la créativité, avec le goût de l’effort, du partage, et surtout avec leur intériorité, leurs émotions, leurs sensations, leur cœur. Tout est fermé, ils sont coupés de leur propre corps et de leur intuition, ce qui empêche l’énergie de circuler et de les relier au vivant.  Ils n’ont donc plus de repères, plus d’ancrage à la réalité, plus de responsabilités, comme détachés de leur propre vie.

La vie est un don précieux. Mais, la vivre sans éprouver la joie, l’amour, l’émerveillement, la compassion, la douceur, sans interagir avec elle, serait sans doute lui échapper.  

Le cancer m’a enseigné à ralentir, à davantage écouter mon corps et les murmures de mon cœur, à renouer avec mon féminin sacré, à prendre le temps de vivre et à savourer pleinement l’instant présent.  

Il m’a fait voir que les choses les plus simples étaient les plus précieuses et qu’elles constituaient l’essentiel. Il m’a aidé à ne plus m’encombrer avec des futilités ou des faux-semblants. A ne plus être dans cette quête de perfection, dans la sur-adaptation ou dans le sacrifice.  

Il m’a profondément éclairé sur le sens que je voulais donner à ma vie et m’a aidé à mieux me connaître, m’encourageant à aller puiser une force et des ressources que je ne soupçonnais même pas. 

Depuis, je suis en gratitude même pour les plus petites choses. 

CHAQUE JOUR JE RENDS HOMMAGE A LA VIE.  

Mais alors, quand est-il des enfants, des personnes, qui ont envie de vivre, et, qui pourtant, ont un cancer incurable ? Même s’il existe parfois de rares rémissions spontanées, de l’ordre du miracle, il n'est pas évident de comprendre que c’est pourtant le choix de l’âme, en continuité avec son propre chemin d’évolution et celui de son entourage. Nous décidons du jour de notre naissance comme celui de notre départ.

La maladie devient pour chacun cette opportunité d’un souffle nouveau pour grandir en humanité, accueillir l’amour et la paix dans nos cœurs. Elle vient nous reconnecter au vivant, à la vivance qui est en nous, à l’amour authentique, de soi, des autres et du monde.  

Au travers la maladie, 

nous venons nous libérer de nos peurs et ouvrir nos cœurs 

Accueillons au lieu de questionner 

Rayonnons au lieu de contrôler 

Rions au lieu de pester 

Aimons au lieu d’enfermer 

Acceptons au lieu d’exiger 

Faisons confiance au lieu de douter 

Vivons au lieu de se limiter 


« En te levant le matin, rappelle-toi combien précieux est le privilège de vivre, de respirer, d’être heureux » Marc Aurèle


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