FLEAU

Pour avoir pu entendre un nombre considérable de personnes évoquer ces violences, et avoir pu aussi les dénoncer, je mesure depuis de nombreuses années les ravages que font les abus sexuels, l’inceste, les climats incestueux, dans notre société. 

Je vous invite ici à une véritable prise de conscience sur un sujet qui dérange, qui fait peur, que l’on met parfois à distance pour ne pas voir et se sentir concerné. Car parfois l’idée que l’on puisse abuser d’un enfant nous est insupportable, ou parce qu’il nous est impossible de s’imaginer que l’agresseur, la personne qu’on pensait gentille et chaleureuse, soit capable de tels actes, ou encore parce qu’il est trop difficile de regarder en soi, dans son vécu ou sa propre histoire familiale, car cela fait peut-être inconsciemment écho. 

Selon un rapport de la Commission d'enquête (voir le lien ci-dessous), moins de deux parents sur dix ont tenté de protéger l'enfant, quand les violences sont révélées. "La famille constitue statistiquement le premier lieu de commission des violences sexuelles sur mineur", alerte le rapport. En effet, 81% des violences sexuelles sur enfants sont commises au sein de la famille, selon ce rapport. Entre 2016 et 2025, le nombre de mineurs victimes de violences sexuelles intrafamiliales enregistrés a augmenté de 170%. 

Il est extrêmement difficile de s’imaginer un père, une mère, un frère, une sœur, les grands-parents, l’entourage proche de l’enfant pouvoir commettre des abus sexuels. Ce sont des personnes avec qui l’enfant est en confiance, qui sont censés prendre soin de lui, l’aimer et le protéger, et ne pas lui faire de mal. Pour notre cerveau c’est une double injonction. Je suis d’ailleurs beaucoup plus nuancée sur la proportionnalité d’hommes et de femmes qui commettent ces crimes, puisque les témoignages que j’ai pu recueillir mettent en évidence tout autant d’abuseurs féminins que masculins. 

« Le rapport réclame de "sortir du déni". "Les violences sexuelles sur mineur commises au sein de la cellule familiale sont entretenues par une société qui préfère détourner le regard plutôt que d'affronter l'insupportable, au prix d'un déni dont les victimes paient, trop souvent, seules le coût » 

La CIIVISE chiffre à 5,5 millions le nombre d’adultes qui ont subi des violences sexuelles durant leur enfance, à 160 000 le nombre d’enfants victimes de violences sexuelles et d’inceste chaque année, une moyenne de 2 à 3 enfants par classe à l’école, 1 enfant victime d’agression sexuelle toutes les 3 minutes en France, ce qui, à mon sens, est sans doute loin de refléter l’ampleur de ce fléau.

Je vous invite à oser regarder dans votre propre histoire familiale, dans vos lignées, dans ce qui se passe autour de vous. Car comment puis-je admettre ce qui se passe à plus grande échelle, sortir du déni, si je n’ose déjà pas aller voir les zones d’ombre dans ma propre histoire, dans mon enfance, dans ma propre vie, dans ma posture avec mes enfants, dans mon entourage ?

  • Définition de l’inceste et de l’incestuel

Il est important de rappeler que l’INCESTE désigne un passage à l’acte sexuel entre des membres d’une même famille, tandis que l’INCESTUEL décrit un contexte psychologique et familial marqué par une grande confusion des rôles, des places, sans qu’il y ait nécessairement de contact ou d’acte sexuel physique. 

Dans un climat incestuel, les limites de l’intimité sont floues, l’atmosphère y est SEXUALISEE ou FUSIONNELLE de manière inappropriée. Il n’y a donc pas de limites nettes entre l’intimité des parents et celle de l’enfant. 

A titre d’exemples : 

L’ambiguïté corporelle : faire des caresses inappropriées (prolonger des massages ou des papouilles de manière ambiguë ou trop sensuelle), des bisous sur la bouche (imposer des baisers sur la bouche à des enfants d’âge moyen ou adolescents), la proximité excessive au lit (faire dormir un grand enfant dans le lit parental), des soins d’hygiène prolongés ou excessifs, un allaitement prolongé à un âge tardif. 

Le manque d’intimité physique : ne pas respecter l’intimité de l’enfant et ignorer sa pudeur (intrusions visuelles en entrant dans la salle de bain sans frapper, lui interdire la possibilité de fermer la porte de la SDB ou des toilettes et d’avoir son intimité), prendre des bains partagés tardifs (continuer à prendre des bains avec un enfant d’âge scolaire avancé), laver son enfant ou être présent lorsqu’il se douche (alors qu’il est parfaitement autonome), voir ses parents s’exposer nus (rester nu devant des enfants grands ou adolescents), générer un climat familial très érotisé (les parents font état de leur intimité ou de leur sexualité), inciter son enfant à se promener nu dans le foyer, prendre des photos de son enfant nu ou dévêtu, lui montrer ou laisser à sa disposition des vidéos ou revues à caractère pornographique, afficher ouvertement ses rapports sexuels sans discrétion.

La confusion des rôles (parentification et confidences) : les confidences d’adultes, lui raconter ses problèmes de couple, financiers ou sa vie sexuelle, le considérer comme l’enfant-partenaire (l’homme ou la femme de la maison), traiter son enfant comme un substitut de conjoint (soutien émotionnel principal, partenaire de sortie exclusif), la séduction verbale : utiliser des compliments ambigus sur le physique ou le pouvoir de séduction de l’enfant. 

Le contrôle et l’emprise psychologique : la disqualification du conjoint, exclure l’autre parent de la relation pour créer un lien fusionnel, critiquer ouvertement et discréditer l’autre parent, l’hyper-contrôle du corps : surveiller excessivement le poids, l’alimentation, les vêtements ou le développement pubertaire de l’enfant, fouiller les journaux intimes ou les téléphones portables sans motif de sécurité, faire demeurer des secrets de famille, un système familial opaque. 

Le parent exerce un CONTROLE EXCESSIF qui empêche l’enfant de grandir, de devenir autonome et de s’émanciper. 

*Critères d’évaluation d’un climat incestuel en PJ 

  • Pédophile et pédocriminel

Il est également important de distinguer les termes de « pédophile » et « pédocriminel », qui sont souvent confondus. La principale différence réside dans le fait que la pédophilie désigne une attirance sexuelle durable et exclusive envers les enfants (ce qui ne signifie pas nécessairement passage à l’acte), alors que le pédocriminel désigne une personne qui commet des actes d’agression, de viol, d’inceste ou d’exploitation sur des mineurs. 

Tous les agresseurs d’enfants ne sont pas nécessairement pédophiles, beaucoup agissent par recherche de POUVOIR, de DOMINATION, d’EMPRISE. 

  • Les conséquences sur le mineur et le futur adulte

Un évènement d’une extrême violence comme un abus sexuel, n’est pas seulement un choc psychologique pour l’enfant, il impacte directement sa structure spirituelle et énergétique. Lors du traumatisme, une partie de sa force vitale, de l’âme, s’échappe pour survivre à la douleur, provoquant un sentiment de vide ou d’amnésie, il est comme anesthésié. 

L’abus laisse souvent une empreinte, une cristallisation, une forme d’intrusion énergétique dans le champ de l’individu. Purifier et libérer ses charges stagnantes par extraction énergétique et par le biais du recouvrement d’âme vont pouvoir favoriser la reconnexion au corps et à l’apaisement de l’esprit. 

Un suivi psychologique avec une personne spécialisée dans ce type de traumatisme et la méthode EMDR peuvent également contribuer à aider le cerveau à digérer les chocs émotionnels qui ont pu rester bloqués et être stockés de façon brute avec la peur et la douleur. 

Un enfant agressé va sans doute porter une CULPABILITE, du DEGOUT, avoir HONTE, avoir très PEUR, ce qui fait qu’il va se SURADAPTER, être en LOYAUTE, et se mettre au service des besoins de son agresseur, se ranger à ses côtés, pour tenter de l’apaiser et d’éviter des violences supplémentaires.  

Il a une telle INSECURITE INTERIEURE, qu’à l’extérieur il va montrer patte blanche, garder le SILENCE, pour que personne ne puisse voir sa DOULEUR. Voilà pourquoi peu de personne ne remarque le mal-être de l’enfant, que ces violence sont invisibilisées. Je crois profondément que l’école a un rôle majeur à jouer pour parler de ce sujet, faire de la prévention et repérer les violences. 

Il suffit parfois simplement d’un peu d’attention pour pouvoir déceler les choses, parler avec l’enfant, s’intéresser à ce qu’il vit, ce qu’il ressent, observer ses comportements, ses jeux, ses dessins, ses interactions sociales, l’inviter à s’exprimer sur des sujets de la vie, sur ses émotions. 

D’ailleurs, si vous vous plongez profondément dans le regard d’un enfant abusé, ce regard particulièrement vide, vous pourrez percevoir cette DETRESSE SILENCIEUSE, comprendre qu’il est comme FIGE, ANESTHESIE, en HYPERVIGILANCE, en perte de lui-même. 

Il est impératif de SENSIBILISER les enfants dès leur plus jeune âge afin qu’ils prennent conscience que leur corps leur appartient, qu’il est interdit de caresser son corps, toucher ses parties intimes, l’embrasser sur la bouche, l’obliger à des gestes ou à des regards qui le gênent, et ce, même si ce sont ses parents. 

Pour protéger les enfants il est donc important d’en PARLER car ils ne savent pas toujours ce qui est normal ou pas, les aider à faire preuve de DISCERNEMENT est primordial, tout comme le fait qu’ils puissent se sentir LIBRES d’en parler et de pouvoir évoquer les choses au besoin. La roue du CONSENTEMENT (page 23) dans le livre Mon corps m’appartient ! est un outil très intéressant. 

Les adolescents sont eux aussi particulièrement exposés à la CYBERCRIMINALITE et aux dangers en ligne sur les réseaux sociaux, le voyeurisme, demander à l’enfant de prendre des poses sexuellement suggestives, lui tenir des propos et des gestes sexualisés, lui demander des photos de lui en sous-vêtements ou nu, parfois l’enfant accepte car il n’ose pas dire non et ne mesure pas la gravité de ce qui lui est demandé.

D’autant que l’agresseur peut être également son entraîneur sportif, son professeur de musique, son enseignant, son éducateur, sa maîtresse, sa nourrice. Souvent on s’imagine un profil type alors que les études criminologiques et psychiatriques démontrent que les auteurs d’infractions sexuelles sur mineurs présentent une immense diversité de profils. La pédocriminalité transcende tous les milieux sociaux, âges, professions et cultures. Dans près de 90% des cas, l’agresseur fait partie de l’environnement proche ou familial de l’enfant. 

« Nous savons que les violences conjugales, les violences sexuelles, les violences faites aux enfants font l’objet d’une sous-révélation massive. Nous sommes insuffisamment compétents pour savoir ce qui se passe vraiment dans la maison ou dans l’intime ». Edouard Durand 

Qui peut prétendre qu’il n’est rien arrivé à cet enfant ? Qu’il ment ? Etiez-vous présents dans sa sphère intime ? Connaissez-vous beaucoup d’abuseurs qui reconnaissent leurs crimes ? D’autant que lorsque l’agresseur est démasqué il va forcément inverser la culpabilité, faire passer la personne qui le dénonce pour une menteuse, une folle, et ainsi l’acculer auprès de tous les protagonistes. 

Ce que met en avant le Juge pour enfants Edouard Durand : « Quand il y a VIOLENCES CONJUGALES, il y a violences psychologiques contre les enfants dans 100% des cas, psycho-trauma dans 80%, violences physiques dans 40 à 60% d’entre eux, risque de violences sexuelles contre les filles et les garçons dans une proportion plus de six fois supérieure à celle de la population générale. Trop souvent, on sépare ce qui se passe dans le conjugal de ce qui se passe dans le parental ». 

  • Qu’est-ce que produisent les violences sexuelles sur l’enfant et concrètement comment elles peuvent se traduire ?

Comme l’explique Edouard Durand s’appuyant sur les travaux de la psychiatre Muriel Salmona : « il s’agit d’une rupture traumatique éminente qui désorganise son bien-être et son développement, jusque dans la vie adulte, avec même une atteinte de l’espérance de vie. Il y a d’abord l’état de stress post-traumatique : les cauchemars, les flash-back, mais aussi les conduites d’évitement. Il y a en outre un grave impact sur la santé physique, avec des douleurs intenses, des souffrances gynécologiques notamment. Également un impact sur la santé psychique : dépression, anxiété, conduites à risque, actes suicidaires. Également un impact sur la santé ». 

  • Ce qui peut vous alerter

Un changement brutal et inexpliqué dans le comportement habituel de l’enfant

une régression (perte soudaine d’acquisitions récentes comme la propreté : énurésie ou encoprésie), retour au pouce, à la sucette, au biberon, ou au langage de bébé

des troubles du sommeil (cauchemars fréquents, terreurs nocturnes ou refus catégorique de s’endormir)

des comportements inquiétants (d’automutilation : se frappe, se griffe, s’arrache les cheveux, changement d’humeur, crises de colère envers soi ou les autres, agressivité marquée, pleurs inexpliqués, tristesse ou apathie, état anxieux)

un repli sur soi (isolement, perte d’intérêt pour le jeu, peur soudaine des adultes ou refus de se retrouver seul avec une personne spécifique ou d’être laissé seul, inhibition)

des troubles corporels (rougeurs, démangeaisons, saignements, ecchymoses, eczéma, au niveau des zones intimes, cystites ou infections urinaire à répétition, maux de ventre ou de tête, manque ou changement d’hygiène)

des troubles alimentaires (perte d’appétit, difficultés à manger, anorexie, boulimie)

des réticences corporelles (refus net de se déshabiller, de prendre un bain, d’être touché, approché ou changé)

des comportements sexuels inappropriés (masturbation compulsive, mimétisme d’actes ou de pratiques sexuelles sur soi, sur un jouet ou sur autrui)

des TOC (se laver d’une façon compulsive, tout nettoyer et ranger d’une façon obsessionnelle) 

des difficultés scolaires (difficultés scolaires soudaines ou à l’inverse investissement scolaire intense, phobies, manque de concentration, d’estime de soi, désintérêt pour les activités, isolement, dessins à caractère effrayants ou sexuels) 

des atteintes corporelles (scarifications, brûlures, étranglements)

des conduites à risque (fugues, addictions alcool / drogue / sexe, tentatives de suicide, délinquance, errance, prostitution). 

A l’âge adulte il arrive que la personne n’ait aucun souvenir de son enfance, ni de ce qui lui est arrivé, c’est ce que l’on nomme : l’amnésie traumatique. Les personnes portent souvent en elles une colère ou une tristesse, un mal-être, qu’elles n’arrivent pas à expliquer ni à en connaître l’origine, même si elles sentent que quelque chose ne va pas au fond d’elles-mêmes. 

  • Ce que l’enfant a besoin d’entendre s’il ose se confier

JE TE CROIS l’enfant a cette crainte de ne pas être cru 

CE N’EST PAS DE TA FAUTE l’enfant pense qu’il est responsable 

JE SUIS DESOLE QUE CELA TE SOIT ARRIVE l’enfant pense qu’il l’a mérité 

JE VAIS T’AIDER A TROUVER DE L’AIDE l’enfant se sent isolé et seul à porter ce terrible secret 


« L’’honneur appartient à ceux qui jamais ne s’éloignent de la vérité, même dans l’obscurité et la difficulté, ceux qui essaient toujours et qui ne se laissent pas décourager par les insultes, l’humiliation ou même la défaite » 

Nelson Mandela 


Sources : 

Critères d’évaluation d’un climat incestuel Extrait de : La Revue du Praticien, Publié le 20 mai 2025

https://www.larevuedupraticien.fr/outil/criteres-devaluation-dun-climat-incestuel 

La moitié des agressions sexuelles incestueuses et 41% des viols incestueux ont été classés sans suite en 2024, selon une commission d'enquête France info Publié le 09/07/2026 

https://www.franceinfo.fr/societe/harcelement-sexuel/la-moitie-des-agressions-sexuelles-incestueuses-et-41-des-viols-incestueux-ont-ete-classes-sans-suite-en-2024-selon-une-commission-d-enquete_8100458.html

Défendre les enfants Edouard Durand 

Violences sexuelles En finir avec l’impunité Ernestine Ronai et Edouard Durand 

Mon corps m’appartient ! Isabelle Filliozat Margot Fried-Filliozat 

Le loup Mai Lan Chapiron 

Ce que Cécile sait, Journal de sortie d'inceste, Cécile Cée 

Les survivantes, film documentaire réalisé par Pierre Barnérias, mai 2024 (sur les réseaux de pédocriminels, évoque les traumatismes subis et interroge l’omerta ou l’impunité qui entourent ces structures)