LE PARDON

Le pardon, dans les religions judéo-chrétiennes, est un concept moral qui nous éloigne du pardon authentique puisqu’elles imposent le pardon comme étant une condition sine qua non pour être considéré comme une bonne personne aux yeux de Dieu. Ainsi si l’homme refuse de pardonner à son semblable, Dieu ne peut lui pardonner. 

Ce conditionnement, très culpabilisant, nous éloigne à mon sens du véritable pardon qui émane du cœur. 

Dans le bouddhisme, le pardon n’est pas dicté par un Dieu, c’est un acte de sagesse pour se libérer de la colère, briser le cycle de la haine et comprendre la loi du karma. Le principe vise à une libération personnelle car garder de la rancune blesse d’abord celui qui la ressent. On ne valide pas le mal commis, mais on distingue la personne de son acte tout en cultivant la compassion. 

Le premier réflexe que nous adoptons lorsqu’une personne nous fait du mal est de vouloir la punir pour ses actes. En découle de la colère, de la rancœur, de la haine. La souffrance que nous pouvons parfois éprouver est telle que nous ne voyons que par ce prisme. La partie de nous blessée nous plonge alors parfois dans la même posture que la personne qui nous aura causé du tort. Le cœur vide, sans amour, aveuglé par la douleur, au point de vouloir à tout prix réparation, que l’autre paye pour ses actes. Nous nous pensons juste, et c’est bien là toute l’ambiguïté que génèrent les préceptes religieux, alors qu’en réalité nous nous égarons. 

Je ne dis pas que ce n’est pas légitime de vouloir réparation, mais quand elle n’arrive pas, et quand notre vie est suspendue à elle, nous laissons alors toute la place à la souffrance, qui s’installe et finit par nous consumer. 

Pardonner demande parfois du temps, et, cela peut même être un long processus lorsque la souffrance est trop grande. 

Il faut aussi bien souligner que rien ne nous oblige à pardonner. Se forcer à emprunter ce chemin à contre cœur serait un non-sens, bien qu’il soit pourtant le seul moyen pour nous LIBERER de ce poids. 

Parfois, nous pouvons avoir l’impression que nous avons pardonné mais il n’en est rien. Combien de fois des patients me disent qu’ils ont pardonné, et quand je leur demande ce qui se passe au niveau du corps, du cœur, des émotions, lorsqu’ils pensent ou parlent de cette personne, ils se rendent compte que subsistent en eux des ressentiments, que le pardon n’est pas acté, que ce n’était en réalité qu’un processus mental et non quelque chose qui émane du cœur. 

A contrario, quand nous regardons en nous, le pardon peut devenir ce réflexe qui permet de montrer la voie naturelle du cœur. Par exemple, si je suis parent, montrer à ses enfants que lorsque j’ai le sentiment d’avoir fait du tort à quelqu’un j’ose en parler et demander pardon à l’autre, est une chose importante à leur transmettre. Le pardon deviendra alors pour eux quelque chose d’évident, un acte simple et authentique, une libération. 

Il faut savoir qu’en restant dans la rancœur, la colère, nous entretenons un lien énergétique entre nous et l’autre. Au même titre qu’attendre que l’autre nous demande pardon, reconnaisse ses torts, cela nous condamne à un statut de dépendance, nous emprisonne dans ce lien de souffrance. Que l’autre reconnaisse ou ne reconnaisse pas le mal qu’il a pu causer, n’est pas essentiel si l’on arrive à accéder au pardon, à s’extirper du rôle de victime, de la douleur. La réparation ne se fait pas en infligeant à l’autre des souffrances, elle ne réparera en rien nos blessures. Souvent quand on en veut à l’autre on en veut à soi. Le pardon devient alors un écho, une libération du SOI. 

Nous avons parfois besoin de passer par des étapes pour y accéder, écouter son bébé/enfant intérieur, écrire, en parler, hurler, sortir sa colère, utiliser la créativité, exprimer ses émotions en lien avec cette part souffrante, pour qu’elle puisse être reconnue et être progressivement pacifiée, et ainsi permettre au pardon de s’inviter NATURELLEMENT en nous. 

Le pardon est un processus de deuil, c’est en abandonnant ma souffrance et ce qui me lie à elle, que je pourrais me libérer et être en paix. 

L’homme raisonne en termes de punition et d’obligation, l’univers en termes de responsabilités. Il est alors inutile de vouloir se venger, les lois universelles se chargeront de nous mettre chacun face à nos responsabilités dans notre vie ou après. Nous ne serons pas punis pour nos actes mais nous sera montré ce que nous avons affligé à autrui et nous en porterons les mémoires, l’entière responsabilité, dont il nous faudra un jour s’affranchir pour réussir à accéder à cette libération. 

Pardonner ce n’est pas minimiser l’acte qui a eu lieu mais s’affranchir de tout ressentiment pour retrouver sa souveraineté, sa paix intérieure, l’espace du coeur.